Les représentations de personnages aux bras levés aux époques Nagada

Publié le par Patricia Schepers

La gestuelle évoquant les cornes d’un bovidé semble être le dénominateur commun entre les personnages aux bras levés représentés aux époques Nagada. Mais, étant donné les contextes distincts dans lesquels ils se rencontrent, il faut sans doute y voir différents concepts.

Diverses interprétations ont été proposées pour les figurines stéatopyges évoquant la fertilité le plus souvent retrouvées en contexte funéraire. Elles ont les bras levés, paumes tournées vers l’intérieur. La partie supérieure de leur corps, pourvue de seins tombants, est inclinée vers l’avant. La partie inférieure est réduite à une sorte de cône figurant les jambes (ex : figurine en terre cuite E.3006 conservée aux M.R.A.H., Bruxelles[1]). Certains y ont vu des « concubines de morts » ou des pleureuses accompagnant le défunt en partance pour l’au-delà, voire des déesses de la fécondité ou même des danseuses. D’autres ont penché pour une figuration du ka (l’énergie vitale), le hiéroglyphe s’écrivant à l’aide de deux bras levés. D’autres encore ont opté pour une représentation de Bat, divinité à tête bovine d’origine pastorale conceptualisée dès le début du 4e millénaire av. J.-C. De fait, son emblème figure un visage féminin de face, parfois double, affublé d'oreilles de vache et surmonté par deux cornes stylisées. Parmi les hypothèses récentes, Graff[2] établit un parallèle entre l’addax[3] aux cornes annelées et spiralées et les figurines féminines aux bras levés dont la tête évoque davantage l’animal, souvent un oiseau, que l’humain. Hendrickx[4] rapproche ces figurines féminines à tête d’oiseau et aux bras levés d’un objet en silex (E.6185a conservé aux M.R.A.H., Bruxelles), provenant de la cache de la « tombe royale » de Nagada, représentant une tête de taureau (?) aux cornes courbées et aux oreilles triangulaires. La forte stylisation des figures permettrait selon lui de reconnaître dans les deux cas des traits à la fois féminins et bovins. Précisément, l’image stylisée de cette tête de taureau (?) n’est pas sans évoquer le crâne bien réel de la vache aux longues cornes en lyre de la tombe 36 du cimetière de l’élite à Hiéraconpolis. Le fait qu’elle ait été trouvée dans une cache donne à penser qu’il pourrait s’agir d’un objet rituel mis au rebut[5].

Quoi qu’il en soit, ces assemblages quasi abstraits femme/bovin – bovin/oiseau apparaissent régulièrement aux époques Nagada sur des palettes (ex : protomés de bovidés surmontés d’une tête humaine aux yeux incrustés sur une palette en grauwacke datée v. 3600-3200 av. J.-C. conservée au Musée du Louvre, Paris), sur des amulettes dites « têtes de taureaux » ainsi que sur des pendants ou des épingles à cheveux en os ou en ivoire (ex : peigne à longues dents orné au sommet d’animaux stylisés [E.1300] conservé aux M.R.A.H., Bruxelles).  

Des personnages (féminins ou masculins) aux bras levés, paumes tournées vers l’intérieur, se retrouvent également sur la céramique rouge polie à décor blanc figuratif dans les scènes dites « de victoire » (ex : vase en terre cuite E.3002 conservé aux M.R.A.H., Bruxelles[6]) ou surmontant des bateaux dans la céramique décorée (ex : poterie décorée E.3003 conservée aux M.R.A.H., Bruxelles[7]).

 

 

 

 

Le fait est que la gestuelle de ces personnages évoque les cornes d’un bovidé incurvées vers l’intérieur et cette image-là est peut-être à prendre au premier degré, à savoir la valeur accordée à l’espèce bovine, la symbolique qui y est rattachée et partant, l’hypothèse d’un culte/de rituels voire de cérémoniels remontant à des dates très anciennes. Le culte des animaux est un élément fondamental de la religion égyptienne. Il s’exprime dès le protodynastique mais son origine est bien plus ancienne. Ainsi, il n’y a pas de césure fondamentale entre l’homme et l’animal dans la pensée égyptienne. Les Anciens Egyptiens sont en effet convaincus de la nature/de l’essence commune de l’homme et de l’animal – tous deux étant l’œuvre du démiurge Atoum – d’où ils croient fermement que les animaux peuvent avoir une vie dans l’au-delà. En raison de leurs origines pastorales, cette relation est particulièrement perceptible en ce qui concerne le bétail. Car le bétail est symbole de richesse (c’est l’animal domestique qui possède la valeur économique la plus haute), marqueur social (la viande de bœuf est réservée aux riches, d’où le marquage[8] du bétail pour prévenir les vols), source de prestige (c’est l’animal qui a le statut le plus élevé parmi les animaux domestiques). Pour preuve, le bétail figure en bonne place sur les représentations de tributs ou butin de conquêtes[9] .

De plus, le bovidé a été domestiqué très tôt en Egypte. Selon Van Neer[10], il est traditionnellement admis que la domestication du bétail s’est faite indépendamment dans au moins deux régions : le Levant et le subcontinent indien d’où sont dérivés, respectivement, le taureau sans bosse et le zébu[11]. Cependant, la possibilité d’une domestication indépendante en Afrique du Nord et spécifiquement dans le Désert Occidental d’une forme sauvage d’aurochs dès le 9e millénaire av. J.-C. est débattue depuis plus de vingt ans. Ainsi, d’après Huysecom[12], cette domestication locale et probablement progressive marquerait l’apparition de l’élevage des bovidés en Afrique. Elle apparaîtrait dans le Sahara et la Vallée du Nil dès le 9e millénaire av. J.-C. puis se diffuserait, précédant de plusieurs millénaires l’élevage des ovicaprinés (chèvres, moutons) importé du Proche-Orient et attesté dès le 6e millénaire av. J.-C. au Sahara Oriental (cf. art rupestre de Nabta Playa et d’el-Obeyd). Les fouilles réalisées à Nabta Playa[13] et Bir Kiseiba ont mis en évidence, outre les traces d’une proto-agriculture céréalière (millet et sorgho non domestiqués),[14] des restes de bovidés de petite taille datant d’environ 8000 av. J.-C., mais selon Van Neer, il est impossible de déterminer sur base de leur taille seule s’il s’agit d’aurochs sauvages ou domestiques et s’ils sont autochtones. Au minimum, on postule qu’il s’agit d’animaux sous contrôle humain étant donné qu’ils n’auraient pas pu survivre sans soins dans un tel environnement.

Les premiers établissements humains saisonniers à Nabta Playa remontent à env. 9000-7300 av. J.-C. Témoignant précisément de la valeur idéologique et du statut social lié au bovidé, des sépultures de bœufs y ont été mises au jour et, en particulier, des tumuli renfermant des animaux sacrifiés accompagnés d’un large éventail d’offrandes. Partant de ce fait, l’hypothèse a été émise d’un culte associé au bétail à Nabta Playa dès le 6e millénaire. Une tombe de jeune vache sacrifiée (os trouvés en connexion), recouverte de tamaris et de blocs de pierre est datée de v. 4500 av. J.-C. et donc contemporaine du cercle calendaire de 17 mètres de diamètre servant de marqueur pour l’arrivée de la saison des pluies. Sachant qu’Hathor était adorée comme protectrice de la nuit dans les régions désertiques (cf. temple d’Hathor à Serabit el-Khadim dans la péninsule du Sinaï), certains veulent y voir une préfiguration du culte d’Hathor. Une autre tombe, plus basique (pierres non taillées), contenant des restes de bétail désarticulés, est datée v. 3500 av. J.-C. et donc contemporaine des alignements mégalithiques (3500-3000 av. J.-C.) s’étendant sur une zone de 2500 m – direction nord/sud avec une déviation légère vers l’ouest.

Dans la vallée du Nil, des preuves bien établies d’une domestication du bétail remontent seulement au 5e millénaire av. J.-C. Il s’agit essentiellement de rejets de boucherie (constitués d’os isolés et fragmentés) retrouvés dans des sites d’habitat (Mérimdé, Maadi, Hiéraconpolis) et ce n’est qu’en HK6 (le cimetière de l’élite à Hiéraconpolis) que des squelettes entiers ont été mis au jour. L’inhumation (à l’image des humains) d’animaux sauvages et domestiques en HK6 est une caractéristique de la phase la plus ancienne (Nagada IC-IIB). Faut-il y voir une origine du culte des animaux ? Les carcasses complètes (non dépecées) d’animaux sont souvent enterrées dans des sépultures multiples, avec ou sans mobilier funéraire et rarement en compagnie d’humains. À épingler la représentation particulièrement importante des bovidés parmi les restes fauniques associés au complexe de la tombe 16 : un aurochs[15] (tombe 19), un taureau domestique[16] (tombe 43), une vache et son veau[17] (associés à la tombe 36)] ainsi que douze têtes de bétail[18] (tombe 49) dont il n’est pas clair s’ils appartiennent au complexe de la tombe 16 ou à un autre complexe. La tombe 24 (datée autour de 3600 av. J.-C.) a également livré une vache. D’autres tombes excavées à l’est de la tombe 16 (numérotées de 50 à 60), ont encore fourni des restes fauniques dont un aurochs (tombe 56). Les différents traitements réservés aux animaux donnent à penser qu’il y a aussi différentes significations à leur inhumation. Selon l’hypothèse de Friedman[19], le choix d’un large éventail d’animaux équivaudrait à une protection symbolique contre le chaos qu’ils représentent – la capture et le dépeçage de ces animaux étant un moyen de contrôler le chaos. L’inhumation d’animaux domestiques représenterait un sacrifice ostentatoire de biens de valeur (exhibition de richesse/de pouvoir dans une société déjà très stratifiée[20]) et donnerait en sus l’assurance d’un viatique, d’une compagnie pour l’au-delà. L’inhumation d’animaux sauvages serait une autre manière ostensible d’exhiber sa richesse/son pouvoir de même que sa capacité de contrôler/de tuer ces créatures, de s’approprier leur force/leurs attributs et garantirait en quelque sorte de pouvoir pratiquer la chasse dans l’au-delà.

De manière presque universelle, le taureau symbolise la force mâle/la virilité et évoque la puissance, la fécondité/la fertilité. C’est ainsi que le taureau deviendra le symbole royal par excellence à l’époque dynastique mais le concept est déjà présent au prédynastique. En effet, dès la préhistoire, le lion et le taureau sont les réceptacles des forces de la nature. Ces animaux vont désormais être associés à la puissance du « souverain/dirigeant ». Ce qui induit qu’il y a osmose entre le corps du roi et les forces animales dont il procède. Le lion, c’est l’animal-roi par excellence. L’association du pharaon guerrier et du taureau, c’est la majesté royale mise en rapport avec l’animal sauvage symbolisant la beauté, la puissance non contrôlée, la force indomptable, la vigueur sexuelle. C’est la royauté soumettant l’ennemi. La queue de taureau est d’ailleurs un attribut que pharaon conservera durant toute l’époque dynastique. Les épithètes « Taureau puissant[21] », « Grand en force », « Taureau d’Horus » exprimeront la force royale[22]. De même, « Taureau de sa mère » exprimera sa puissance sexuelle. On dotera aussi le roi de l’épithète « Celui qui préside aux gébels » par référence au « Taureau des gébels ».

Le taureau est aussi l’incarnation de Montou (dieu guerrier), de Min (grand procréateur), d’Amon-Rê (force génératrice/créatrice) fusionné avec Atoum (créateur initial de l’univers), de Ptah (pouvoir intellectuel fondement de la création) et d’Osiris (symbole de renaissance).

Quant à la vache, symbole de fécondité/de maternité et pourvoyeuse de lait vivifiant, elle est associée avec diverses divinités féminines dont certaines sont des formes d’Hathor, déesse céleste/déesse de la fertilité dont le culte remonte aux origines de l’Egypte, qui apparaît soit sous l’aspect d’une femme portant des cornes de vache encadrant le disque solaire, soit dotée d’un corps de femme et d’une tête de vache, soit comme une femme avec des oreilles de vache, soit encore comme une vache avec des yeux humains. Hathor (le principe féminin) évoque aussi la pulsion érotique qui va amener le démiurge (Atoum) à créer. Le culte de Bat (déesse du 7e nome de Haute-Egypte, d’origine agraire), qui porte sur la tête des cornes et des oreilles de vache, remonte à l’époque Nagada. Ainsi, elle est attestée sur la Palette de Gerzeh[23] où elle apparaît comme une tête de vache évoquant la tête stylisée d’Hathor, la « vache céleste », la vache maternelle dont les cornes, les oreilles et le crâne sont surmontées d’étoiles évoquant Nout, la déesse du Ciel/la voûte céleste, qui est figurée soit comme une femme nue au corps étoilé arquée au-dessus de la terre et touchant le sol de ses pieds et de ses mains, soit comme une vache étoilée posant ses quatre pattes sur la terre (symbolisant les quatre points cardinaux), soit encore comme une truie avec ses porcelets[24]. Sur la Palette de Narmer[25], Bat (assimilée à Hathor) apparaît deux fois sur chaque face au registre supérieur car elle contrôle les quatre points cardinaux. Attestée dès l’époque thinite par son enseigne (un bouclier traversé par deux flèches), Neith est une divinité à la fois féminine et masculine originaire de Saïs. Assimilée à Hathor, c’est la « Grande Mère » ayant engendré les dieux et les hommes, la « Maîtresse de l’inondation ». D’autres déesses sont des émanations tardives[26].

Le bovidé fait également partie des espèces abritant des « uniques », à savoir : un seul individu (taureau ou vache) choisi en fonction de critères bien précis, honoré en tant que manifestation/réceptacle vivant d’une divinité et considéré comme médiateur entre les hommes et les dieux. Il existe trois cultes majeurs du taureau en Egypte ancienne : Apis à Memphis, Mnévis à Héliopolis et Boukhis à Ermant. Ce sont là des « uniques mâles ». Apis (réceptacle de Ptah) et Mnévis (réplique vivante de Rê) sont des taureaux domestiques, synonymes de fécondité et d’abondance alors que Boukhis (manifestation de Montou) est un taureau sauvage, symbole de la force sauvage non contrôlée. Ainsi, sa capture est-elle assimilée à la Maât. Quant aux « uniques femelles », ce sont des vaches vivantes réceptacles (c.-à-d. « ba vivant ») d’une déesse. Ces « uniques » sont associées à Hathor. Ainsi, Sekhathor et Hésat sont à la fois des « uniques » liées à Hathor et des déesses-vaches du panthéon égyptien, connues depuis au moins l’Ancien Empire et souvent associées.

Tous les codes/les conventions (roi en majesté, figure du roi vainqueur de ses ennemis, barque solaire…) sont déjà présents à Nagada III, ce qui implique qu’ils ont été conceptualisés aux époques précédentes. Etant donné les contextes différents dans lesquels se rencontrent ces personnages aux bras levés, tantôt féminins tantôt masculins, il ne peut y avoir une seule interprétation. Le plus vraisemblable est qu’on a là les prémices de thèmes qui deviendront récurrents et perdureront jusqu’à la fin du dynastique. Ainsi, les figurines féminines stéatopyges, qu’elles soient ou non d’essence divine, évoquent la fertilité/la fécondité. Le fait qu’on les retrouve en contexte funéraire pourrait symboliser l’espoir de renaissance, de régénération du défunt. Mais il en va tout autrement pour les personnages portant un étui pénien ou une massue représentés en taille héroïque dans les scènes dites « de victoire ». Ne faudrait-il pas y voir une préfiguration de l’image du roi dominant/vainqueur de ses ennemis renvoyant au thème de la prédominance de l’ordre cosmique sur le chaos primordial ? Ainsi, la gestuelle évoquant les cornes d’un taureau apparaîtrait comme une préfiguration des représentations zoomorphes du roi sur les palettes commémoratives. Quant aux personnages très schématiques surmontant des bateaux (Brooklyn Museum, 09.889.404[27] / The Met, 15.2.34[28]), ils sont surdimensionnés lorsqu’ils sont associés à d’autres personnages (préséance ?). N’aurait-on pas là une métaphore de la société avec une hiérarchie, une organisation fixe – le personnage (« le capitaine », préfiguration du roi ?) étant représenté seul ou dominant les autres membres de « l’équipage » ? Une autre interprétation du bateau pourrait être soit une référence à la barque solaire de Rê effectuant son parcours diurne et nocturne sur la voûte céleste, bleue comme les espaces aquatiques, soit une représentation de la barque funéraire nécessaire au voyage du défunt dans l’au-delà. Ainsi, le personnage aux bras levés pourrait figurer soit la déesse-vache céleste Bat, soit la déesse du Ciel Nout qui se trouve être aussi la patronne de la renaissance et la protectrice des défunts, soit encore la Vache du Ciel Hathor, la déesse de l’Occident. Mais, faut-il absolument les dissocier ? Sur le vase à décor figuratif (MRAH, E.3003), le personnage apparaît seul mais entouré de lignes ondulées évoquant l’eau (« l’océan » du ciel ?) – le bateau étant représenté sur l’autre face.

 

 

 

Des images reproduisant un environnement nilotique idéalisé ainsi que certaines scènes (prisonniers ou ennemis tués, animaux entravés, chasse avec des pièges, thème de la massue ou du maître des animaux) se retrouvent dans les monuments funéraires (ex : la combe 100 à Hiéraconpolis). Il est possible qu’elles aient influencé la céramique à décor mais ce n’est pas pour autant que celle-ci avait une vocation funéraire.

 

[1] Figurine féminine aux bras levés (Musées Royaux d’Art et d’Histoire, E.3006, provenance : marché de l’art) en terre cuite (H. 23,7 cm, larg. 15,1 cm).

[2] Graff G., Les peintures sur vases de Nagada I-Nagada II. Nouvelle approche sémiologique de l’iconographie prédynastique, Louvain, 2009

[3] L’addax aux cornes en lyre est une antilope vivant dans le désert. Comme l’oryx, il appartient à la famille des bovidés et a été partiellement domestiqué par les Anciens Egyptiens.

[4] Hendrickx S., “Iconography of the Predynastic and early dynastic periods”. Before the pyramids. The origins of Egyptian civilization. The Oriental Institute of Chicago, 2011, p. 75-81

[5] à partir de Nagada III, on constate un changement dans les pratiques rituelles.

[6] Poterie rouge polie à décor blanc figuratif (Musées Royaux d’Art et d’Histoire, E.3002, provenance : marché de l’art) en terre cuite (H. 28,6 cm, larg. 11,8 cm). Représentation de huit personnages masculins et de deux objets suspendus (étendards ou symboles d’une divinité/d’une région ?) – les deux personnages représentés en taille héroïque (portant un étui pénien ou une massue) ont les bras étendus au-dessus de la tête (en signe de victoire ?), paumes tournées vers l’intérieur – quatre des autres personnages (prisonniers ou ennemis vaincus ?) ont le cou lié deux à deux – les deux derniers personnages sont liés aux deux objets suspendus.

[7] Vase à décor figuratif (Nagada II) violet-noir sur fond jaune rosé (Musées Royaux d’Art et d’Histoire, E.3003, provenance : marché de l’art) en terre cuite (H. 35,7 cm, larg. 31,1 cm). Représentation de bateaux (figurés par des rames, des cabines, des enseignes ? mais pas d’équipage), de femmes aux bras levés (très schématiques), d’animaux (autruches et ibex) et de végétaux (dont une plante mystérieuse parfois identifiée au bananier sauvage).

[8] Marque de feu appliquée à l’épaule droite de l’animal ligoté.

[9] Par exemple sur la Palette « dite du Tribut libyen » (Musée Egyptien du Caire, v. 3000 av. J.-C.) où figure une procession de bétail, d’ânes, de rams sur trois registres ou sur la Tête de massue de Narmer (Ashmolean Oxford, v. 3000 av. J.-C.) où figure un décompte du bétail (400000 têtes) au troisième sous-registre.

[10] Van Neer W., “Egyptian Longhorn Cattle from the Elite Cemetery at HK6: Not Just a Load of Old Bull” in : Nekhen News, Volume 22, Fall 2011 In : Nekhen News, Volume 22, Saison 2010

[11] Le zébu est déjà présent dans la Vallée du Jourdain dès le 5e millénaire av. J.-C.

[12] Huysecom E., « Un Néolithique « très » ancien en Afrique de l’Ouest ? » in : Dossier pour la Science n° 76 juillet-septembre 2012, p. 86-91

[13] Des cornes de bovidés datées v. 12000 av. J.-C. ont été mises au jour dans des sépultures.

[14] Barich B. et Barich E. « Les premières sociétés d’Egypte » in : Pour la Science, Dossier N°80, Juillet-Septembre 2013, p. 7-12

[15] L’aurochs est un spécimen mâle âgé de trois ans. Les analyses C14 donnent une date autour de 3670-3635 av. J.-C. Comme celle de l’éléphant africain de dix ans (tombe 33), la tombe est de forme ovale et de grande dimension (L : 2,96 m – l : 1,97 m – H : 1,4 m). Des mesures particulières ont été prises pour assurer la préservation (couches de lin, nattage, résine). Le contenu de son estomac indique que l’aurochs a reçu un dernier repas, comparable à celui du bétail domestique, d’où hypothèse qu’il aurait été au pâturage avec le bétail. Il n’y a pas de signes évidents d’une longue captivité.

[16] Le taureau domestique adulte (dont la taille est estimée à 1,41 m à l’épaule) est représenté par les pattes arrières, la queue et la plupart des vertèbres (intactes sous les couches de lin et le nattage, ce qui induit un traitement soigné). Sa tombe est également de grande dimension (L : 3,1 m – l : 2,2 m – H : 1,2 m) et il a été retrouvé placé sur le côté gauche, tête à l’est [espoir de renaissance ?].

[17] La vache (dont la taille est estimée à 1,28 m à l’épaule, soit de l’ordre de 10 % inférieure au mâle, ce qui correspond à un bétail de taille moyenne de nos jours) et le veau sont encore mieux préservés puisque les os ont été retrouvés quasi en connexion et cela en dépit d’un traitement beaucoup moins soigné (pas de nattage). Leur tombe est aussi bien plus petite (L : 1,38 m – l : 0,96 m – H : 0,72 m). Comme le taureau, la vache a été retrouvée placée sur le côté gauche, tête à l’est, le veau entre ses pattes [symbolique de renaissance/régénérescence].

[18] Les douze têtes de bétail (vaches et taureaux) sont, à l’exception d’un adulte de quatre ans, tous des jeunes individus de moins de trois ans, tous enterrés entiers. Ils sont disposés dans la tombe (L : 13,5 m) en deux rangs, dos contre le mur, pattes vers le centre, têtes à l’est, pour la plupart.

[19] Friedman R.F., Hierakonpolis. In: Before the pyramids. The origins of Egyptian civilization. The Oriental Institute, Chicago, 2011, p. 33-44

[20] Deux « politiques funéraires » ont cours au prédynastique. Au nord, où les inégalités sociales sont peu marquées et la hiérarchisation peu sensible, on n’a quasi pas de mobilier funéraire jusqu’au début de l’unification. Au sud, on a dès l’époque Badari une société qui tend à se différentier, à se hiérarchiser et une pratique déjà marquée du dépôt funéraire quoique sans phénomène évident d’accumulation. À partir de la fin de Nagada I, on voit émerger certains individus ; en témoignent la qualité et la quantité du mobilier funéraire. L’espace funéraire évolue alors sur le modèle de l’espace domestique, en parallèle avec le développement de zones de silos et greniers, c.-à-d. la pratique du stockage. Il en résulte un phénomène d’accumulation et d’accaparement des biens par les élites qui va jusqu’à l’enfouissement dans la tombe pour en priver les vivants. Les cimetières T de Nagada, HK6 de Hiéraconpolis et U d’Abydos sont représentatifs d’une classe privilégiée. Des pratiques telles que manipulations de cadavres avant inhumation, inhumations secondaires, cannibalisme et sacrifices humains sont attestées pour l’époque Nagada.

[21] Référence à Montou, dieu de la guerre et des armes (cf. vestige d’un panneau monumental (Musée du Louvre, Paris) au nom de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C, 19e dynastie) : Le roi offre des laitues à Amon. Le premier nom du roi : « Horus, Taureau puissant, aimé de Maât).

[22] Ainsi, Thoutmosis III est qualifié de « Taureau victorieux qui apparaît radieux à Thèbes » au terme de ses campagnes militaires victorieuses au Proche-Orient. Amenhotep III est appelé « Taureau victorieux qui apparaît auprès de Maât ». Ramsès III, qui repousse les « Peuples de la Mer », est surnommé « Taureau victorieux à la royauté grandiose ».

[23] Palette en schiste provenant de la tombe 59 de Gerzeh et conservée au Musée égyptien du Caire, Egypte (v. 3500-3100 av. J.-C.).

[24] Référence à la voracité de la truie qui mange ses petits comme Nout avale les étoiles.

[25] Palette en schiste provenant de Hiéraconpolis et conservée au Musée égyptien du Caire, Egypte (v. 3000 av. J.-C.).

[26] Hésat, déesse-vache qui est représentée sous la forme d’une vache sacrée. C’est une nourrice pourvoyeuse d’un lait riche de vertus. Sekhathor, déesse-vache nourricière, forme d’Hathor, qui a pour tâche d’allaiter le roi. Shedit, une des déesses primordiales du panthéon égyptien, qui est représentée sous la forme d’une vache céleste. Mehet-Ouret (Methyer) qui est la vache primordiale. Isis, qui se présente le plus souvent comme une femme portant sur la tête le signe du siège, mais qui absorbe les couronnes de la vache Hathor. Chentayt, dont le nom signifie « la veuve » (c'est une manifestation d'Isis comme veuve), qui apparaît soit sous la forme d’une vache couchée, momifiée, tenant entre ses cornes le disque solaire, soit sous celle d’une femme avec une tête de vache. De son cou pend un collier avec le visage de Bat. Elle est d'abord une vache céleste (mentionnée dans les Textes des Pyramides sous le nom de Hem-Shen, celui de Chentayt datant de la 19e dynastie). C’est aussi une manifestation d'Hathor. Et comme telle, elle peut être l'une des sept Hathor citées dans le Livre des Morts sous forme de vaches. Nebet-Hetepet, dont le nom signifie la « Dame de la satisfaction », qui est une déesse coiffée de cornes de vache entourant un disque solaire. Créée tardivement en tant que parèdre du démiurge Atoum (au même titre que la déesse Iousaâs, la « Dame d’Héliopolis ») au moment où celui-ci engendre le monde, elle se confond avec Hathor.

[27] Vase en terre cuite décoré d’un bateau surmonté d’une figurine schématique aux bras levés flanquée de deux autres personnages représentés en plus petite taille, Nagada II v. 3500-3300 av. J.-C. (Brooklyn Museum, 09.889.404, Charles Edwin Wilbour Fund, provenance : el-Adaima).

[28] Vase en terre cuite décoré d’une frise d’animaux (oryx, autruches), de montagnes, de végétaux et d’un bateau surmonté d’une figurine dont la tête est réduite à un cercle et le corps à un cône accompagnée d’un personnage représenté en plus petite taille, Nagada II v. 3650-3300 av. J.-C. (The Metropolitan Museum of Art, 15.2.34, Rogers Fund, 1915).

Publié dans Archéologie

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